Exposition "Bascoulard l'Artiste"

05 septembre > 01 novembre

 Pôle de la Porcelaine

Affiche exposition Bascoulard

« la vie est amère quand on la boit sans sucre » - Marcel Bascoulard

Du 5 septembre au 1er novembre, le Pôle de la Porcelaine accueille une exposition sur l’artiste emblématique de Bourges : Marcel Bascoulard.

Artiste autodidacte, Marcel Bascoulard (1913-1978) est principalement connu pour ses dessins des quartiers historiques et monuments de Bourges.

L’exposition propose de rassembler l’ensemble de son œuvre : photographique, sa période blanche, le fractionnisme et l’abstrait.

Artiste très complet, il exécuta également des dessins caricaturaux appelés "les humoristiques" et écrivit également des centaines de poèmes.

Seront également exposées des sculptures d’André Bezart, sculpteur renommé et grand admirateur de son travail, représentant l’artiste et des autoportraits réalisés par Marcel Bascoulard lui-même.

L’Homme personnage

Issue d’une famille d’agriculteurs aisés, son grand-père, laisse une ferme et un petit pécule à ses trois enfants Alexandrine, Henri et Léon père de Marcel. Celui-ci s’installe à d’abord à BIGNY-VALLENAY, puis à ARCAY et enfin à SAINT-FLORENT sur CHER comme maçon. IL épouse Marguerite Mulet. Le nom de Mulet apparait attenant au nom de BASCOULARD sur certains dessins.   

De cette union naît trois enfants, Marcel est le deuxième de cette fratrie : Marie-Julie, l’aînée, voit le jour en 1909, Marcel en 1913 puis Roger en 1921. Les deux premiers sont nés à VALLENAY, le dernier à ARCAY à quelques kilomètres de là.

Son enfance se passe avec les gamins du quartier ouvrier à jouer, il fréquente la communale et la classe de Robert VERGNOUX, l’instituteur, qui déjà, décèle un don pour le dessin chez le jeune Marcel et n’hésite pas à exposer sur les murs de sa classe les compositions les plus réussies. « Chaussé de galoches et, déjà, vêtu d’une blouse grise, Marcel se souviendra toute sa vie de ce « très cher professeur de sciences » ».

Henri COURSEAU, un copain d’école garde le souvenir « d’un élève moyen, plutôt effacé, donnant l’impression d’être continuellement traumatisé, avec sa mine de chien battu ». Mais aussi son extraordinaire écriture, d’une régularité de notaire. Il lisait beaucoup, surtout Le Sapeur Camember qu’il avait emprunté à la bibliothèque et qu’il connaissait par cœur. Il y puisait des expressions dont il émaillait ses rédactions.

Vers 1930-31, Madame Finck qui tient une librairie-papeterie à SAINT-FLORENT décrit les premiers pas du jeune peintre : » C’est ici à SAINT-FLORENT, qu’il a commencé, en dessinant quelques maisons particulières et des boutiques de commerçants. Il vendait ses dessins 200 FR qu’il ne signait pas. Je lui vendais quelques feuilles de dessin mais surtout des blocs sténo qui étaient plus à la portée de sa bourse, ainsi que son encre de chine, qu’il additionnait d’eau pour en avoir plus. Il plantait son inséparable parapluie, tous les jours, à 12h45, à la gare de Saint-Florent, devant la locomotive du train Paris-Montluçon. Il avait entre deux cartons et un vieux journal, ses locomotives à moitié faites. Il trouvait en trois minutes d’arrêt le temps de les compléter. »

La fêlure

Nous sommes en 1932, Marcel a 19 ans. Ce 25 septembre, il est absent de la maison familiale, parti avec son frère Roger pour passer ce dimanche de fin d’été en promenade. C’est le drame, le dimanche 25

septembre 1932, Marguerite MULET BASCOULARD abat son mari d’un coup de revolver à bout portant, dans le dos, elle est seule, ses enfants et ses voisins les plus proches sont absents. Elle dira juste avant l’arrivée des gendarmes « Ben ma foi, je l’ai tué. On est bien débarrassé. » Marguerite BASCOULARD a passé sa vie auprès d’un homme rustre qui terrorisait femmes et enfants. Internée à Beauregard à Bourges, Marcel lui rend visite chaque semaine. Pour se rapprocher de sa mère, il s’installe à Bourges, dans les marais, en 1934. Sous l’occupation en 1944, elle est transférée à Limoges où elle meure quelques années plus tard. Marcel ne se remettra jamais de la perte de cet être cher.

L’artiste berruyer

Entre 1934 et 1935, Marcel BASCOULARD rencontre Marcel PINON, architecte de la ville de Bourges et professeur de dessin à l’Ecole des Beaux Arts de Bourges. Il décèle immédiatement son talent. Il l’invite à venir prendre des cours. L’expérience ne dure pas, les cours académiques ne lui conviennent pas, sa maitrise du trait est ailleurs. Commence alors sa période berruyère qui se terminera à sa mort. Pendant plus de quarante ans, BASCOULARD va arpenter les rues de Bourges, dessinant chaque monument, chaque rue, chaque quartier. Il fixera à l’encre de chine la transformation de la ville d’après-guerre. Son témoignage d’artiste sur la rénovation d’Avaricum, son quartier, reste un modèle du genre.

BASCOULARD a choisi cette vie de marginal sans contrainte.

Il meurt assassiné dans sa cabane à Bourges le 12 janvier 1978.

Ce mercredi, 18 janvier 1978, plus de 600 personnes sont présentes aux obsèques de Marcel BASCOULARD célébrés à l’Eglise Notre-Dame qu’il avait si souvent dessinée.

L’œuvre artistique

Classée en cinq périodes par l’association « Souvenirs de Bascoulard » ces périodes se chevauchent plus qu’elles ne se suivent. Ces changements de styles sont souvent liés à la lassitude de l’artiste face aux commandes incessantes des mêmes modèles telle que la façade ouest de la cathédrale vue de la rue porte jaune. « Toujours des paysages, mais jamais de visages ».

 

Période photographique ou académique : à partir de 1930


Marcel BASCOULARD a commencé le dessin très tôt, à la communale. Il reproduit ce qu’il voit au détail près, rien n’est omis (la boucherie chevaline A. André à Saint-Florent, gouache de 23x31cm peint lorsqu’il avait 17 ans). Certains de ses motifs, par les détails et la profondeur du champ font penser aux grands maîtres de la gravure. Il utilise l’encre de chine et les pastels.

Période blanche à partir de 1960


Les détails sont moins appuyés, les traits plus déliés, la lumière est plus présente. Il utilise le fond du papier pour la lumière, « la cathédrale vue de la rue Porte Jaune la nuit » (visible au 1er étage de l’exposition).

Fractionnisme : à partir de 1965


Une série d’esquisses réalisées à la va-vite, sans comparaison avec les dessins aboutis produits dans les années d’après-guerre. Seule la silhouette fractionnée des monuments apparaît. (Cathédrale, rue Mirebeau, détail de l’hôtel Pelvoysin).

Période abstraite : à partir de 1970


Marcel BASCOULARD s’essaie à « l’art suggestif », avec des dessins abstraits, souvent sans titre. Cette inspiration lui viendrait de sa rencontre avec l’œuvre de Sonia Delaunay qu’il a découvert à Paris lors de l’exposition de 1937. Sa « clientèle » berruyère ne l’a pas suivi.

Ses autoportraits


L’artiste a réalisé des centaines d’autoportraits, toujours habillé en femme. Ces petites photos qu’il faisait développer chez les photographes de Bourges étaient distribuées aux femmes, ses amies de quartier ou bien aux passantes, jamais aux hommes. Aujourd’hui, ces photos sont recherchées par les collectionneurs et les prix se sont envolés

Les dessins humoristiques


Des commandes spéciales passées très souvent par des commerçants qui souhaitaient une publicité. Les dessins sont souvent délirants, peu compréhensibles tant le message est brouillé.

 

L' Association « Souvenirs Marcel Bascoulard »

Créée en 1998, l’association « Souvenirs de Marcel Bascoulard » a pour seul objectif de perpétrer et  mettre en valeur l’œuvre de Marcel Bascoulard.
Expositions et conférences sont organisées depuis plus de vingt dans tous le département. Au fil des années, ce travail de fond est récompensé par l’image renvoyée de Bascoulard. On s’attarde plus volontiers sur son œuvre que sur son style de vie. L’artiste sera-t-il enfin reconnu ? il semble que oui. Des collectionneurs d’envergure internationale s’intéressent à son travail, les prix s’envolent.
2 Livres sur bascoulard ont été édités, le premier en 2000 « Bascoulard », le deuxième en 2014, Bascoulard, dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée » magnifiquement illustrés avec des textes de Patrick Martinat.
Un film, réalisé par les élèves du Lycée professionnel Jean Mermoz de Bourges, rassemble avec bonheur le témoignage des hommes et femmes qui l’ont connu, aidé, et aimé. Un travail remarquable qui atteint son objectif : découvrir Bascoulard, l’homme et l’œuvre.
Mort en 1978, les dessins du peintre berrichon sont restés chez les collectionneurs privés locaux. L’association se charge, le temps d’une exposition, de les rassembler, elle contribue ainsi à hisser le peintre dans le patrimoine local.